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Jean Béraud

(1849 Saint-Pétersbourg, Russie - 1935 Paris, France)

On connait l'oeuvre de Jean Béraud, les vues de Paris, les rues animées, les passantes croquées sur le vif. Mais qui était l'homme ? Béraud n'a jamais été marié, n'a pas eu d'enfants, et sa vie privée reste mal connue. Néanmoins, il est possible de cerner le personnage à travers son parcours d'artiste, ses tâtonnements et ses succès. Béraud naît dans un milieu sensible à la vocation d'artiste. Son père, également prénommé Jean, est sculpteur, et c'est très probablement pour travailler au chantier de l'église Saint-Issac qu'il s'est installé avec sa famille à Saint-Pétersbourg.

Sa mère, Geneviève Eugénie Jacquin, élève leurs deux filles, Adrienne et Estelle. Les jumeaux Jean et Mélanie viennent au monde le 12 janvier 1849. A la mort de son mari, quatre ans plus tard, madame Béraud rentre en France accompagnée de ses quatre enfants, et s'installe à Paris. Dans un premier temps, Jean Béraud ne semble pas suivre la voie de son père puisque, après avoir passé son adolescence au lycée Bonaparte (rebaptisé aujourd'hui lycée Condorcet), il s'inscrit à la faculté de droit de Paris. Réussissant ses études, il se destine à être avocat. Mais à peine ses études achevées, un événement vient secouer la vie des Français: les prussiens entament la guerre, et occupent Paris.

En 1872, il suit les cours de Léon Bonnat, un des artistes influents de l'époque. Il occupe un atelier dans le quartier de Montmartre. Dès l'année suivante, il quitte l'atelier du maitre et expose au Salon, le grand rendez-vous annuel de l'art, lieu de la reconnaissance auprès de ses pairs, mais aussi des scandales. Il fait ses premières armes avec des portraits d'hommes, de femmes et d'enfants avant de se risquer en 1875 à un thème mythologique avec une Léda. Il n'est encore qu'un portraitiste parmi d'autres.

Il lui faut attendre 1876 pour attirer une véritable attention sur son oeuvre. Ce succès, il le doit à la première vue d'une scène de rue parisienne. - Le Retour de l'Enterrement - tient à l'originalité du sujet: après la cérémonie funèbre, parents et amis du défunt retournent à leurs affaires, un homme allumant un cigare, les autres bavardant. La vie reprend son cours.

Au cours des années 1880, sa notoriété ne cesse de s'accroître. Rançon du succès, il est victime d'une affaire de contrefaçon concernant - Le Retour de l'Enterrement -.

1886 est marquée par le deuil: sa mère décède à Paris. L'année suivante, Béraud est nommé chevalier de la Légion d'honneur. il expose de plus en plus souvent hors du Salon: au Cercle de l'Union artistique, à la Société d'aquarellistes français, à l'Exposition universelle de 1889. Très actif dans le milieu de l'art, il participe en 1890 à la création de la Société Nationale des Beaux-Arts, en compagnie de Rodin, de Meissonier et de Puvis de Chavannes.

Soucieux de renouveler son art, il provoque la surprise au salon de 1891 en présentant - La Madeleine chez le Pharisien -, où se mêlent figures bibliques et personnalités contemporaines telles qu'Ernest Renan ou Eugène Chevreuil. Rompant avec les scènes du Paris moderne, il propose avec audace une lecture de l'Evangile adaptée à la société de son temps. Ce tableau, qui déconcerte les critiques, est le premier d'une série, étalée sur plusieurs années, de tableaux religieux. En 1894, il est promu officier de la Légion d'honneur. Il expose alors couramment à l'étranger.

En février 1897, Marcel Proust lui demande d'être l'un de ses témoins pour un duel qui l'oppose à l'écrivain Jean Lorrain, à propos d'un article jugé injurieux sur - Les Plaisirs et les Jours -. Au tournant du siècle ses activités au sein de la société nationale des beaux-arts, mais aussi de multiples comités d'organisation d'expositions, et de jurys, le mobilisent, et il accorde moins de temps à sa propre peinture. En 1909, la mort soudaine de l'acteur Coquelin Aîné met un terme brutal à de longues années d'une forte amitié.

Après la Première Guerre Mondiale Jean Béraud délaisse encore plus sa génération. Il décède le 4 octobre 1935 à son domicile parisien et est inhumé au cimetière du Montparnasse, aux cotés de sa soeur jumelle Mélanie, disparue en 1927, et de sa mère. Dès l'année suivante, le musée Carnavalet rend hommage au plus parisien des peintres de la Belle Epoque.

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